«La capacité de Mungo à aimer la frustrait. Son amour n'était pas altruiste, il ne pouvait simplement pas s'en empêcher. Mo-Maw avait besoin de si peu et il produisait tant que tout ça donnait l'impression d'un insupportable gâchis. Son amour était une récolte que personne n'avait semée et il mûrissait sur une vigne que personne n'avait entretenue. Il aurait dû se flétrir depuis des années, comme l'amour de Jodie, comme celui d'Hamish. Mungo avait tout cet amour à donner et il traînait autour de lui comme des fruits mûrs que personne ne venait ramasser.» ~~Douglas STUART, «MUNGO», Pocket, Janvier 2024, (traduit de l'écossais par Charles Bonnot), 9782266339070, p383.
Y'a de ces livres, vois-tu, tu en lis quelques pages et puis tu te dis j'aime pas; et puis tu persistes et sa deviens un problème. Ça devient un problème parce que ce livre te parles de quelque chose que tu avais laissé flotté derrière toi-même. Un petit deuil. Une chose presque oubliée que le livre inonde de grosse lumière mouillée comme des followspot. Je n'ai pu arrêter de lire ce livre, mais je n'ai pu rien lire non plus dans les intérims où je devais le poser car la douleur trop grande. Alors depuis trois mois je suis dans ce Glasgow début des années 90 (l'année n'est jamais mentionnée je pense mais la mention de cassettes et autres gris-gris d'époque me mettent sur cette piste) et je suis suspendu à la vie de tragique de cette poignée de personnages.
Attends tu peux résumer le livre un peu avant stp?
Okay. Au risque de répéter les 15 synopsis que t'as lu avant de venir ici: Mungo Hamilton a 15 ans, bientôt seize, il est protestant, glaswégien, un saint (?) qui a perdu son père jeune; l'autre c'est James Jamieson 16 ans, catho, il habite en face et pour compenser la mort de ses mère il élève les pigeons; et avant qu'ils ne se rencontrent tout cela formait un gouffre grand comme un loch entre eux. Après tout, Hamish, le grand frère de Mungo, se fracasse du catholique pour le dessert et toute cette ville fait de même non? Mais pourtant quand des sentiments naissent dans le cœur des deux adolescents Glasgow et toute sa ribambelle de personnages prennent des air de Vérone avec ses clans, ses déchirures et ses destins impossibles. Qu'adviendra-t-il de nos deux amoureux dans tout ce chaos? sauront-ils survivre à la violence? à la moquerie? Au devoir être "homme"? et qu'est-ce qu'être un homme? est-ce que Mungo apprendra durant sa sortie avec deux ex-taulards dans l'arrière-pays Écossais?
Glasgow, Narration & personnages
Les actions du livre se séparent en gros en deux moments un "après" et un "avant" (bien sûr vous dire après ou avant quoi vous gâcherait le plaisir de lecture) où dans l'un, l'après, nous suivons Mungo en partie de pêches avec des individus peu recommandable: Gallowgate et St.Christopher dans l'étendu rural d'Écosse bordant Glasgow; et où dans l'autre, l'avant, nous suivons Mungo avec sa famille... dysfonctionnelle... dans la ville même. Dans ce décor urbain évoluent autour de Mungo: Jodie la soeur grandie trop vite; Hamish "Ha-Ha" Hamilton son caïd de grand-frère; sa mère Maureen "Mo-maw" Hamilton Buchannan, alcoolique, dépendante affective, mère absente, amante dévouée; les résidents du bloc: Donnelly, "poor-wee chicky" Calhoun vieux garçon ceinture noire, Mr & Mrs Campbell un couple tranquille jusqu'à ce que les Rangers perdent le Derby, et bien sur James Jamieson le catholique éleveur de pigeons dont Mungo tombera en amour. Dans cette brochette de personnages brisés et défectueux un personnage se révèle a nous: Glasgow elle-même divisée par la Clyde. On dirait tous ces personnages divisés par une fleuve bruyant les empêchant les uns et les autres de s'écouter et capable sur une rive de leur personnalité des pires violence et de l'autre de la tendresse humaine la plus touchante. Même Mungo qui semble avoir le caractère d'un ange (un saint) est divisé lui-aussi par sa furieuse et hurlante Clyde. Tous ses personnages en rives, en lochs, en monts et en pluie ne sont-ils pas le produit de leur géographie et de leur histoire? C'est ce que l'auteur s'efforce à faire, dans cette histoire, tous sont coupable d'être se qu'ils sont et le mal comme le bien qu'ils font une conséquence de Glasgow elle-même: son histoire, sa structure, ses groupes et son esprit.
Mungo continua de tituber et ravala sa douleur comme on le lui avait appris. Ses larmes restèrent bloquées au fond de sa gorge, où elles se mêlèrent à son sang. il déglutit jusqu'à s'étouffer et envoya un cracha noir dans l'herbe. Il était content de ne pas pouvoir distinguer sa teinte de rouge.Ce caractère double des personnages est central à toute la dramatique du roman, sa plus grande force narratrice, le moteur de ce furieux train.
Les jeunes hommes se dispersaient précipitamment. Tous les guerriers intrépides rentraient en boitant, chantant leur propre gloire, lançant des menaces de vengeances. Mais à leur démarche serrée, Mungo voyait qu'ils étaient secoués. La gorge étranglée, ils mâchonnaient leur douleur en attendant de passer la porte de chez eux.
Ils gardaient le torse bombé jusqu'à pouvoir se réfugier à nouveau dans les bras de leur maman, se blottir contre elle pendant qu'elle regarderait la télé et leur demanderait «Bah alors? Ça sort d'où tous ces calins?», alors ils ne diraient rien, ne désirant rien de plus que de redevenir des petits garçons, emmitouflés, en sécurité, dans sa douceur. » ~~ibid. p. 445-446.
Le mouton noir des Shetland
Alors est-ce que j'ai dis avoir aimé le livre? oui. et non. mais pour une broutille vous me direz. Voyez, j'ai le défaut d'être un francophone nord-américain francais d'amérique du canada du nord québecois ayant un argot "street" très différent de, par exemple, l'argot parisien dans lequel le livre est traduit et sans cette... disparité?... dialectique j'aurais plus apprécié le paysage, où je mis serais plus senti en écosse qu'en banlieue parisienne. Mais ce n'est pas pour cracher sur le travail (en tout autres points excellents) du traducteur, le livre en sa version traduite a eu un succès relatif que peu de second opus dans la carrière d'un écrivain reçoit en version traduite. Mais les «Zguègue», «Daronne», «Keuf» et «Smala» ont parfois donner du fil à retordre à mes yeux provinciaux peu habitués au dialecte métropolitain de tous les jours. Cela dit on comprends: milieu plus difficile, enfants de la rue formés par elles... mais j'ai peur que quelque chose se soit perdu dans la translation...
Je note:
Prose/poésie: 7.8/10
Personnage: 7.2/10
Péripeties: 7/10
Narration: 8/10
appréciation: 8.5/10
38.5/50
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